Pour inaugurer la série "Les Grands Entretiens de La Planche Qui Grince" qui débute aujourd'hui nous sommes allés rencontrer François Cann et avons abordé avec lui un certains nombres de ses sujets de prédilection. Entretien.

FC: Salut. Alors, pour commencer est-ce que tu peux te présenter rapidement aux lecteurs qui ne te connaîtraient pas du tout?

François Cann: Yep. Alors je suis donc un homme blanc barbu vivant en France, à Brest. Je suis un philosophe, et je gagne ma vie en travaillant à La Poste. Et je suis fan de basket NBA et de rap. J'ai d'ailleurs fait plusieurs albums dans le passé. Ces temps-ci c'est une activité en stand-by.


FC: Bon, et bien allons-y direct. Tu t'auto-proclames philosophe sans avoir le moindre diplôme en philosophie. C'est possible ça?
François Cann: C'est carrément possible. Je n'ai effectivement aucune "référence" en philosophie, mais ce que je fais tous les jours tout le temps, c'est bel et bien réfléchir à la vie, au positionnement de l'homme dans l'espace et dans le temps. C'est de la philosophie. Donc à partir du moment où je le fais, je le suis. Après, le qualificatif n'est pas essentiel hein. Je sais ce que je suis.

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FC: Tu ne t'inscris donc clairement pas dans une "école" de philosophie. Pourtant je sais que tu t'amuses à te décrire comme un "libertaire anarcho-cynique cryptonihiliste". Ça s'apparente à un courant ça finalement.
François Cann: Hmm, ouais. Un courant qui n'existe pas quoi. Comme tu l'as dit, je m'amuse à me décrire comme tel. C'est venu en réaction aux appels à "ne pas faire d'amalgames" entre les gens qui ont une religion et les extrémistes qui commettent des attentats au nom de cette même religion. On parle des musulmans là, actuellement. Ça m'a toujours fait marrer ça: être affilié volontairement à une doctrine et devoir s'en défendre lorsque cette doctrine mène à des trucs pas jolie jolie. C'est pour ça que j'ai chargé la mule en qualificatifs... Mais aucun acte violent ne sera jamais commis au nom de l'anarcho-cynisme cryptonihiliste libertaire, je te le garantis. Et si ça arrive, ce sera entièrement de ma faute puisque je suis le seul dans ce courant. Je n'aurais jamais à me désolidariser de rien ni de personne. C'est ça la vraie liberté.

FC: Ok. Parlons un peu du fond du coup. C'est quoi ta vision de la vie des hommes? On va tous crever, c'est ça?
François Cann: Mais oui, tout à fait. Je vois que ça suit. En fait, je suis convaincu que l'Humanité aura disparu avant que tous les hommes aient eu le sentiment de vivre "dans un monde meilleur". Je pense que les efforts pour faire en sorte que tout le monde vive heureux et en paix, c'est dead. Les humains ne tendent pas vers ça. Il y a simplement trop d'individus aux intérêts divergents. Partant de là, les politiques de gestion des sociétés m'indiffèrent de plus en plus. Enfin, ce n'est pas que ça m'indiffère, mais la lecture que j'en fais n'est pas dans le but de savoir si ça va marcher ou pas. Les humains n'ont pas de mission à travers le temps qui devrait les mener à un point précis. Donc ce n'est pas la peine de trop s'inquiéter pour une histoire d'organisation temporaire. Après, je dis ça d'autant plus facilement que je n'ai pas d'enfant. Avec moi l'Histoire de l'Homme se termine. Je suis le cul de sac de l'humanité. Amener à la vie un individu et lui demander ensuite de se démerder dans le bordel de l'existence tout ça pour aller nulle part, c'est une responsabilité que je ne prends pas!

FC: Mais en attendant de crever, on fait quoi?
François Cann: On se fait pas chier. L'autre jour j'ai eu une révélation: il faut que je trouve un moyen d'arrêter de travailler. Mais puisque je suis moyennement motivé à vivre dans les bois (où il n'y a même pas vraiment  le droit de vivre... voir Notre Dame des Landes) et que j'ai envie de continuer à boire des whiskies chers, et bien il faut que je trouve un gros paquet de pognon. Un one shot hein. Je crois que le mieux ce serait de hacker des banques. Mais je ne suis pas un hacker. Bref. L'idée c'est de ne rien prendre au sérieux. Et surtout pas soi-même!

FC: Là-dessus, t'es déjà bien parti. Tu ne crains jamais de passer pour quelqu'un que tu n'es pas, ou de trop t'exposer, ou que ton "image" te porte préjudice?
François Cann: Pff... L'image que les gens ont de nous... A l'heure qu'il est, rien de ce que j'ai pu écrire ne m'a empêché de faire un truc ou un autre. Ou si c'est le cas, je ne suis pas au courant. Et puis je ne cherche pas à me placer, c'est vrai aussi. Je n'ai pas besoin de ça.

FC: Tu as un sacré ego non?
François Cann: Ah bah moi je suis génial hein, c'est un truc dont je suis sûr. Des mecs comme moi, je n'en connais aucun. Des gens qui cherchent à tout remettre à plat pour comprendre ce qu'il en est vraiment comme je le fais... Des philosophes ayant eu des idées que je n'ai pas eu, c'est rare que ça arrive. Neil deGrasse Tyson (qui est astrophysicien) tiens, lui il m'a fait penser à des trucs nouveaux. Mais bon attention, il faut bien avoir conscience que je suis au moins autant persuadé d'être génial que je suis absolument certain d'être totalement inutile. Mon humilité est totale.

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FC: Manu Mac.
François Cann: Manu Mac?

FC: Tu en parles souvent tout de même de Macron.
François Cann: Pas vraiment plus que tout le monde. Mais c'est vrai que c'est facile de se "comparer". Le mec a un mois de plus que moi, donc il y a cette proximité. Je peux me dire que le monde dans lequel on a évolué jusque là a été le même. Donc c'est drôle de voir comment on part dans deux directions totalement opposées. Lui pour le coup, il croit -le pauvre- qu'il est en mission pour sauver la France et le monde. Et puis en plus de ça, j'ai un cousin qui bosse dans l'entourage de Manu Mac. Donc quand je repense à ce cousin quand il était petit... Bon, c'est marrant quoi. Mais Manu Mac aussi je le défonce intellectuellement hein, il n'y a pas de problème. Et pour cela je n'ai pas besoin de détricoter sa politique. Je le nique sur un point, unique, et suffisant: l'utilisation des armes chimiques qui serait "une ligne rouge". Alors que mourir à cause d'un gaz ou mourir déchiqueté par un obus, c'est la même chose. Strictement. Il n'y a pas des armes sympas et d'autres qui ne le sont pas... Bon, en fait si, mourir empalé par l'anus, ça c'est vraiment pas sympa. Mais c'est de la torture... C'est pas pareil. Bref, construire un discours et une rhétorique en distinguant "armes propres qui flinguent ta famille en petits morceaux" et "armes sales qui flinguent ta famille en l'asphyxiant", c'est intellectuellement défaillant. Et à partir du moment ou Manu Mac (et d'autres) est capable de ça, ça discrédite son intelligence. Qu'il puisse penser que ça peut convaincre quelqu'un comme moi alors que ça ne tient pas la route... Il a perdu.
J'ai fait une longue réponse sur Manu Mac là non?


FC: CQFD
François Cann: I guess.

FC: Parlons sexe.
François Cann: Ouh yeah

FC: Ne t'emballe pas. Depuis quelques temps tu multiplies les allusions plus ou moins subtiles, et plutôt moins que plus, au fait que tu ne baises pas. Mais dans quelles proportions exactement exactement tu ne baises pas?
François Cann: Dans des proportions énormes! Comme ma bite.


FC: On y reviendra...
François Cann: A ma bite?

FC: Oui... Enchaîne.
François Cann: Oui donc, je ne baise pas du tout quoi. Je suis ce que dans le langage commun on appelle un puceau. Même si je pense qu'arrivé à 40 ans il faudrait trouver un autre mot. Ce qu'il faut se dire, c'est que la non-baise, il n'y a rien de plus facile à perpétuer. Et moins tu baises, moins tu baises... C'est comme le sur-endettement en fait. C'est une spirale infernale! Mais le plus étonnant, et je me suis fait cette réflexion très récemment, c'est que malgré tout c'est toujours les femmes qui sont de nature à me stimuler sexuellement... Même sans baiser, je reste sexualisé. Et hétéro-sexualisé. Alors qu'on aurait pu imaginer qu'au bout d'un moment ma libido s'oriente différemment et que je sois excité par une centrale vapeur ou un reblochon, ou n'importe quoi d'autre. Donc il y a vraiment un truc animal là-dedans. Et quelque part, "genré".

FC: Je vois. Et donc ta bite? Mythe ou réalité?
François Cann: Ah ah. Bon, tu sais, dans ce domaine on est beaucoup dans le "ressenti". Cependant, il m'arrive de voir des professionnels (dans le porno, donc) qui n'ont pas franchement des bites plus grosses que la mienne, j'en suis sûr. Et pourtant ces mecs là ont été casté et tout. C'est un indicateur comme un autre. Et par ailleurs, et là c'est beaucoup plus bizarre, mais il y a 20 ans je n'ai pas le souvenir d'avoir été impressionné par ma bite. Alors que maintenant, parfois oui. Ce qui me pousse à penser qu'en vieillissant j'ai grossi de la bite. Peut-être que ça arrive et que personne n'en parle jamais. Et bien voilà, le tabou est brisé. C'était peut-être ça ma mission dans la vie en fait...

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FC: Changement total de sujet. Un petit mot sur Stephen Curry?
François Cann: Peut-être pas changement de sujet si total que ça, parce que j'ai déjà laissé entendre que si un jour je devais me faire sodomiser, j'aimerais autant que ce soit par Steph Curry... Qui n'est pas gay hein, rien à voir... C'était pour dire combien j'étais admiratif de ce qu'il fait. Whatever. Steph Curry oui, bah, moi au cours des 26 dernières années durant lesquelles j'ai suivi la NBA, je n'ai jamais vu un mec révolutionner le jeu comme lui. J'ai vu des joueurs dominateurs et inarrétables (Shaquille O'Neal, Lebron James), j'ai vu des joueurs électrisants (Kobe Bryant, Allen Iverson), j'ai vu des joueurs sophistiqué et classieux (Jordan, Hakeem Olajuwon) et plein d'autres, mais Steph Curry et ses tirs à trois points et sa manière de faire vivre le jeu, je n'ai jamais vu ça. Sa saison d'anthologie 2015-2016 est la performance sportive qui m'a le plus marqué de toute ma vie. Donc tu vois, dans le basket je suis un "ancien", et Steph Curry a 10 ans de moins que moi, mais en aucun cas je relativise ses performances au regard de celles des "légendes" du passé. Steph Curry EST une légende. 

FC: Très bien. Euh, pour finir, il se dit que tu serais amoureux d'une femme mariée. Est-ce bien raisonnable?
François Cann: La raison n'a rien à voir là-dedans, mais s'il faut raisonner, raisonnons. Donc oui, j'aime une femme qui se trouve être marié. Et pas avec moi. It is what it is. Je ne l'ai pas découvert par hasard (qu'elle était mariée), elle ne s'est pas marié en cours de route. Je l'ai rencontré, j'ai tout de suite su qu'elle était mariée, et malgré tout je suis "tombé" amoureux. Mais en fait tout s'est fait en même temps. A priori c'est le seul coup de foudre qui me soit jamais arrivé. Et je suis bien content de la connaître et de l'aimer! Et ce, malgré sa jambe de bois et sa trépanation disgracieuse (ndlr: des caractéristiques physiques ont été modifiées afin d'assurer le secret de l'identité de la personne évoquée). Et puis au moins je ne suis pas amoureux de quelqu'un qui ne m'aime pas (ce qui a dû m'arriver par le passé). Après, attention, on n'est pas amants hein! Bah non, puisque je ne baise pas... Mais les choses sont simples: c'est quelqu'un d'exceptionnel, et je préfère connaître et aimer quelqu'un d'exceptionnel marié(e) plutôt que de ne pas la connaître et de n'aimer personne.

FC: That makes sense. Un mot de la fin?
François Cann: Oui. Chers lecteurs, dites vous bien que si on n'existait pas -que ce soit à titre collectif (l'Humanité) ou un titre individuel- personne ne s'en serait rendu compte. C'est le plus grand message de liberté que je puisse faire passer.

FC: C'est beau. On dirait du moi.
François Cann: Faut croire que tu m'inspires.

Une partie des propos retranscrits ici ont été collectés lors de randonnées dans les Alpes ces deux ou trois dernières semaines. L'entretien final a été réalisé au Stifellou.