La question de savoir si "de nos jours on ne peut plus rien dire" -ou pas- m'intéresse. Et elle m'intéresse d'autant plus qu'il est bien difficile d'y répondre par oui ou non. Pour faire le malin, j'ai tendance à dire -comme Blanche Gardin- que les choses qui ne se disent ou ne se font pas, il suffit de les dire ou de les faire pour prouver qu'en fait ça se dit ou ça se fait tout à fait. Et dans l'absolu c'est exact. Mais cela ne constitue pas vraiment une lecture objective et complète de la situation actuelle concernant la liberté des uns et des autres à pouvoir exprimer ce qui leur passe par la tête.

Par rapport à "avant" (qu'on situera entre 1970 et la généralisation d'internet), qu'est-ce qui a changé? 1/ l'info circule immédiatement partout, 2/ tout le monde peut "réagir" plus ou moins publiquement et 3/ de plus en plus de personnes considèrent que leur "sensibilité" a une légitimité politique. Ainsi, un propos un peu foireux prononcé par la mauvaise personne au mauvais moment, et c'est la polémique. Mais justement, il y a tout de même des conditions préalables nécessaires à l'éclatement de cette polémique: il faut être un minimum connu ou représenter une certaine autorité dans un domaine ou un autre, et/ou il faut qu'on puisse penser que ce qui est dit traduit vraiment le fond de la pensée de la personne concernée.
Moi par exemple, je peux vraiment dire ce que je veux. D'une part parce que je ne suis pas connu, et d'autre part parce que je me suis construit une position sociale suffisamment détachée des contraintes et des attentes habituelles qui fait que personne ne me prend trop au sérieux (ou au contraire que les gens voient la sagesse et la clairvoyance dans mes propos).

Alors oui, parfois c'est n'importe quoi. Parfois un propos juste maladroit est transformé en "dérapage inacceptable". Ok. Et d'une manière générale, ce que disent les uns et les autres constitue souvent le coeur de l'actualité du moment et représente un intérêt plus que limité. Mais les mecs qui ont le plus de problèmes avec leurs propos sont aussi ceux qui disent le plus de conneries (le tout dans une démarche visant à convaincre les autres qu'ils ont raison). Moi je les autorise complètement à raconter de la merde hein. Mais on ne peut pas imaginer que tout le monde en fasse autant.

Donc dans tout ça, les responsabilités sont partagées. Des gens avec des sensibilités de fillettes qui pensent que le monde doit s'organiser autour d'eux pour ne pas les "blesser", et d'autres part d'autres gens agressifs et belliqueux cherchant eux-aussi à imposer leurs points de vue. Et au milieu, diverses victimes collatérales un peu prises par surprise dans le bordel (des sportifs, des jeunes ayant changé d'avis...). Mais aussi plein d'autres individus qui disent ce qu'ils veulent parce que tout le monde s'en fout ou parce que leur raisonnement est parfait et inattaquable (des humoristes, des philosophes... non, pas Alain Finkielkraut).

Tout ceci ne prenant bien évidemment pas en compte l'éventualité "terroriste de Daesh". Ça c'est encore une autre dynamique.

la belle époqueLa belle époque.